Le phénomène migratoire est complexe et recouvre des aspects divers, à la fois économiques, politiques, psychologiques, sociaux et culturels.

Le processus d’adaptation à la communauté d’accueil se caractérise par une série de situations génératrices de stress, qui ont en commun avec le deuil certaines caractéristiques telles que l’ambivalence, qui s’étend tout au long du processus migratoire. Cette adaptation est biopsychosociale, c’est-à-dire qu’elle touche les trois niveaux définissant une personne.

Plus le soutien de la part de la société est important et les objectifs du projet migratoire sont réalisés de façon satisfaisante, plus le deuil migratoire, et donc l’adaptation à la nouvelle situation et vice-versa, peuvent se dérouler correctement. Le deuil migratoire désigne la perte multiple et massive de liens avec l’environnement physique, social et culturel, en raison de la douleur et des attentes déçues qui apparaissent suite au déplacement d’un endroit doté de liens affectifs forts vers un nouvel endroit, auquel la personne doit s’adapter et où elle doit développer de nouveaux liens.

Les migrants souffrent fréquemment de fatigue cognitive et émotionnelle, à cause de l’effort qu’ils doivent déployer pour agir en permanence de façon consciente et volontaire, afin de comprendre quels sont les principes culturels et les rôles qui régissent la nouvelle culture, étant donné que les rôles appris dans leur propre pays bien souvent ne fonctionnent plus dans le nouvel environnement.

Concernant ce type de fatigue, le psychiatre Joseba Achotegui a adopté le terme de « Syndrome d’Ulysse » pour désigner la manifestation d’un stress chronique particulier chez les personnes migrantes. Ce syndrome, et non trouble, entraîne la détérioration de la santé mentale et se manifeste par des deuils particuliers liés à diverses situations.

Les migrants se heurtent souvent à deux types d’obstacles pour accéder aux soins de santé mentale : la barrière linguistique et la stigmatisation. En ce qui concerne la barrière linguistique, peu de services sont disponibles dans les langues maternelles des migrants. De plus, il est nécessaire de tenir compte du fait que la conception de la santé mentale est différente dans chaque culture au niveau de la traduction de matériels informatifs.

soins de santé mentale aux migrants

Par ailleurs, la stigmatisation de la santé mentale est omniprésente dans les communautés de migrants et de réfugiés. Pour beaucoup, les troubles mentaux sont assimilés à la folie, et les personnes qui en souffrent sont très souvent marginalisées au sein de leur propre communauté.

Une étude du Wilder Research énumère plusieurs recommandations pour surmonter ces barrières et améliorer les soins de santé mentale des migrants et réfugiés :

  • Se familiariser avec les conceptions culturelles de la santé et de la santé mentale des migrants.
  • Avoir des traducteurs, des interprètes ou des médiateurs culturels, qui peuvent établir un lien linguistique et culturel entre les professionnels et le patient. Il est important que ces interprètes aient une formation en santé mentale.
  • Établir une collaboration avec d’autres prestataires de santé. Il est fondamental que les médecins généralistes et les spécialistes de santé mentale soient bien coordonnés.

Wilder Research présente plusieurs modèles de soins et de thérapies pour le groupe des migrants, à savoir la psychoéducation, la thérapie de groupe, les visites à domicile et les médicaments. Il faut également tenir compte du fait que suivant la conception culturelle de la santé au sein des migrants, les médicaments peuvent avoir des effets négatifs, surtout lorsque l’on attribue des causes spirituelles à la maladie.

 


Sources :

Thao M. Immigrant and refugee mental health: best practices in meeting the needs of immigrants and refugees. Wilder Research, février 2009. Disponible sur : https://mhpss.net/?get=250/Immigrant-and-Refugee-Mental-Health-Best-Practices-in-Meeting-the-Needs-of-Immigrants-and-Refugees-Snapshot.pdf

Tobar A. Una aproximación a las reacciones psicológicas en la migración. Flacso Guatemala, 2012. Disponible sur : http://www.flacso.org/secretaria-general/una-aproximaci-n-reacciones-psicol-gicas-migraci-n

Sayed-Ahmad N. Proceso migratorio, diversidad sociocultural e impacto sobre la salud mental. Educació Social: Revista d’intervenció sòcioeducativa, 2013. Disponible sur : http://www.raco.cat/index.php/EducacioSocial/article/view/267195/368950

Photo: H4G2 -Bolivia AE1. Disponible sur : https://www.flickr.com/photos/hgr-/7905092852/