Nous avons interviewé Marta Sánchez Bret, manageur du Clúster de Salut Mental Catalunya (Cluster de Santé mentale Catalogne). Ce cluster est l’unique qui existe dans le monde et son épicentre se trouve à Sant Boi de Llobregat, Espagne.

  • Quel est l’origine du cluster de santé mentale ?

Le cluster est une initiative publique-privée. En Catalogne, l’initiative publique est représentée par le ministère de l’Industrie et de la Compétitivité de la Generalitat de Catalogne qui s’occupe de la politique de clusters. Au sein de ce ministère, il y a une unité de clusters qui travaille sur la base de cette politique depuis vingt ans. Le mot « cluster » signifie « corporation », par conséquent, il s’agit d’une association de producteurs et de fournisseurs de services et de produits qui se font concurrence et qui travaillent sur une zone territoriale commune. La différence par rapport aux corporations est que le cluster va encore plus loin : c’est une plateforme qui englobe un grand nombre d’agents différents qui interviennent et participent aux diverses phases de la chaîne de valeur de la santé mentale par le biais d’évènements, de formation, de workshops afin de partager leurs connaissances. En partageant les informations, de nouvelles idées surgissent, l’innovation est encouragée et de nouveaux projets pour ce marché voient le jour. On a pu constater que l’association sous forme de cluster améliore la compétitivité, la rentabilité, ainsi que les indicateurs macroéconomiques. Actuellement, en Catalogne, il existe 30 clusters certifiés par le ministère de l’Industrie moyennant le programme « Catalonia Clusters ».

Le cluster de santé mentale est à l’origine un peu différent des autres clusters car il a vu le jour suite à un plan d’action local de Sant Boi de Llobregat en 2008, lorsqu’on a constaté que, dans cette commune, il y avait de nombreux emplois liés à la santé mentale. En 2013, une association à but non lucratif appelée « Clúster Salut Mental Catalunya » a été créée. Ces trois dernières années, le nombre de partenaires a augmenté, nous avons reçu la certification européenne pour participer au programme « Catalonia Cluster » et nous avons obtenu des subventions pour soutenir la divulgation du cluster. Cette association organise des activités de promotion, de prévention, de diagnostic, de traitement, de récupération et de réinsertion sociale et professionnelle.

  • Quelles sont les activités mises en œuvre au sein du cluster pour stimuler les connaissances sur la santé mentale et leur divulgation ?

En tant que plateforme, le cluster propose un calendrier annuel ciblé comprenant des activités de networking, des présentations de cas de réussite, des activités stratégiques autour de différents sujets, des workshops, Internet of Things et des communications, ainsi que la participation à des foires et à des congrès. Le cluster ne dirige pas ces activités, mais il encourage les partenaires membres à diriger les initiatives et à divulguer les connaissances en santé mentale en tant qu’experts. Par exemple, cette année, nous avons organisé trois séances « project tractor » qui ont permis de trouver une façon simple de transférer les connaissances des processus de santé mentale (traitement, chronicité, diagnostic, etc.) à d’autres secteurs tels que celui des nouvelles technologies. Ce secteur technologique a fait une immersion dans la santé mentale et a présenté des solutions technologiques pour en améliorer certains des différents aspects. Certaines ont été présentées sous forme de wearable, dans des projets de ludification, de réalité virtuelle augmentée, etc.

  • Quelles initiatives ou quels projets TIC ont été développés par le cluster ?

Concernant la recherche, le cluster a promu une étude sur la matière grise du cerveau dans les troubles bipolaires. Il s’agit de rechercher des indicateurs quantitatifs, appelés biomarqueurs, qui fournissent des indices de maladies pouvant se développer maintenant ou plus tard. À ce sujet, une recherche en génétique et en neuroimagerie a été menée et a permis de constater chez divers groupes de population la façon dont la neuroimagerie peut aider comparativement à trouver quel type d’individus pourrait être plus susceptible de souffrir d’un trouble bipolaire à l’avenir.

Concernant le diagnostic, on a travaillé conjointement avec des entreprises qui fabriquent des stimulateurs cérébraux, permettant la lecture par le biais d’impulsions électriques des courants qui passent dans le cerveau, grâce à un casque appelé Moebius qui collecte les données des différents stimuli qui passent dans différents types de cerveaux. Le traitement des données recueillies est effectué par le biais de l’open data et du big data : l’open data pour permettre à d’autres spécialistes d’avoir accès aux données, et le big data parce qu’il y a une telle quantité de données qu’il faut établir des algorithmes pour pouvoir les traiter et trouver des indices.

Des indices ont été trouvés, par exemple, pour la maladie de Parkinson, puisqu’il s’est avéré que la stimulation électrique de différentes parties du cerveau permet d’éviter les crises. Pour d’autres maladies telles que la psychose naissante et la psychose aiguë, il s’est avéré que les symptômes préexistants ou les biomarqueurs reconnus avant les crises peuvent être collectés en wearables ou par des interventions écologiques momentanées qui permettent également de recueillir les données des patients sur plusieurs jours, pour les télécharger ensuite dans le nuage, les analyser et en extraire un modèle. Il s’agit de transférer l’expérience présentielle acquise sur un support technologique.

Il existe également des initiatives de réalité virtuelle déjà utilisées pour traiter les phobies. Le patient peut suivre ce traitement soit chez le médecin soit chez lui de façon virtuelle et supervisée par le médecin, car toutes les données de la séance sont enregistrées dans le nuage.

  • Est-ce que le cluster a l’intention de s’internationaliser ?

L’internationalisation du cluster présente un avantage compétitif : il n’y a pas d’autres clusters de santé mentale dans le monde. Ceci est un avantage mais également un inconvénient. C’est un avantage s’il est correctement organisé, car il peut croître solidement, en établissant des critères d’excellence et en transmettant ces connaissances, ainsi nous pouvons être les premiers à exporter l’expérience du cluster à l’international. L’inconvénient, c’est qu’il n’y a rien de fait sous forme de cluster, ceci implique donc que nous devons partir de zéro sans aucun modèle précèdent, et cela exige aux partenaires d’y croire et de comprendre qu’il faut travailler sur le long terme. Il faut le construire peu à peu.

Nous travaillons sous forme de commissions. La première réunion de la commission d’internationalisation a eu lieu au mois d’avril dernier, et les partenaires ont exprimé leur intérêt pour l’internationalisation divulgatrice par le biais de supports numériques. Tandis que concernant l’internationalisation des soins, ils se sont montrés plus intéressés par le fait de profiter de la marque Barcelone pour pouvoir offrir des packages de produits de soins en santé mentale par le biais de, par exemple, la Barcelona Health Destination. Ces packages peuvent avoir un support grâce à des outils tels que la télémédecine pour faire un suivi du patient. Par ailleurs, nous n’envisageons pas d’élargir l’internationalisation des soins à d’autres pays, car le cluster ne peut pas la diriger. Ceci est un aspect plus corporatif dont chaque partenaire du cluster doit tenir compte et qui requiert en outre un investissement de la part de chaque institution.